Soutenance de Thèse de Coralie Botalla-Raynal
Titre : «Déshumanisation des élèves de bas vs. haut statut socioéconomique, et soutien pour des politiques de réduction des inégalités sociales à l’école»
Ce travail a été conduit sous la direction de Frédérique Autin (PU, Université de Poitiers).
La soutenance se déroulera devant le jury composé de :
Alice Normand (PU), Université Clermont Auvergne – Rapporteuse ; Benoît Testé (PU), Université Rennes 2 – Rapporteur ; Pauline Rasset (MCF), Université Rennes 2 – Examinatrice ; Daniel Priolo (MCF, HDR), Université Paul Valéry Montpellier 3 – Examinateur ; Stéphane Jouffre (MCF), Université de Poitiers – Examinateur.
Résumé :
Cette thèse s’inscrit dans un contexte où les inégalités sociales à l’école demeurent un phénomène persistant, fortement associé au statut socioéconomique des élèves. Si les politiques éducatives constituent un levier central pour réduire ces écarts, leur mise en œuvre dépend en partie du soutien qu’elles rencontrent dans l’opinion publique.
Dans ce cadre, ce travail examine le rôle d’un déterminant encore peu étudié dans le cadre des politiques éducatives : la manière dont les bénéficiaires de ces politiques sont perçus, et plus spécifiquement les processus de déshumanisation.
En s’appuyant sur le modèle duel de la déshumanisation distinguant animalisation et mécanisation, cette thèse examine comment des cibles de statut socioéconomique différent sont perçues, et si ces perceptions sont liées au soutien à des politiques éducatives visant à réduire les inégalités.
Un premier ensemble d’études porte sur des groupes sociaux généraux, tandis qu’un second se concentre sur des élèves, cibles directes des politiques éducatives. Les résultats mettent en évidence que les groupes de bas statut socioéconomique font l’objet d’une animalisation robuste, qu’il s’agisse de groupes sociaux au sens large ou d’élèves de collège.
En revanche, les résultats concernant la mécanisation apparaissent plus dépendants du type de cible. Si certaines études mettent en évidence une mécanisation des groupes de haut statut socioéconomique, cet effet ne se retrouve pas lorsque les cibles sont des collégiens. Cela suggère que les formes de déshumanisation ne se transposent pas directement d’un type de cible à un autre.
Les analyses ne mettent pas en évidence de relation entre déshumanisation et soutien pour les politiques éducatives. Les rares associations observées apparaissent dépendantes du type de politique, des modalités de mesure et des caractéristiques des participants.
Ce résultat contraste avec des travaux menés dans le domaine des politiques de redistribution, où la déshumanisation est liée aux attitudes politiques.
Pris ensemble, ces résultats suggèrent que la déshumanisation constitue une forme de perception sociale structurée par le statut socioéconomique.
Pour autant, le fait de percevoir certains groupes comme moins pleinement humains ne semble pas suffire, en lui-même, à expliquer les positions adoptées vis-à-vis des politiques de réduction des inégalités scolaires.
Ces éléments invitent à déplacer la question vers d’autres dimensions de la perception sociale susceptibles d’intervenir dans ces jugements, ainsi qu’à interroger plus largement les spécificités du domaine éducatif.

