Soutenance de Thèse d’Ombline Rérolle

Titre :  «Quand moins c’est plus : une dynamique compensatoire dans la perception interindividuelle de l’humanité»

Ce travail a été conduit sous la direction de Leïla Selimbegovic (PU, Université de Poitiers).

La soutenance se déroulera devant le jury composé de :

Stéphanie DEMOULIN, Professeure des Universités, Université Catholique de Louvain, Rapporteuse ; Théodore ALEXOPOULOS, Professeur des Universités, Université de Bordeaux, Rapporteur ; Jessica MANGE, Maîtresse de conférences HDR, Université de Caen, Examinatrice ; Frédérique AUTIN, Professeure des Universités, Université de Poitiers, Examinatrice ; Marc PIÉVIC, Responsable des Programmes à la Fondation Ostad Elahi- éthique et solidarité humaine, Membre invité

Résumé :

La perception d’humanité est à la racine de nos relations avec autrui. C’est parce que deux individus se reconnaissent mutuellement comme êtres humains qu’ils vont se comporter comme tel l’un envers l’autre, rendant possible une interaction interindividuelle équilibrée. Cette reconnaissance est loin d’aller de soi, qu’il s’agisse de l’humanité d’autrui, ou de l’humanité de soi. Pourtant, elle reste omniprésente, partielle ou totale selon les contextes, et colore sourdement toutes nos interactions avec les autres. Elle est ainsi, à l’image de ces interactions, très variable.

Ce travail de thèse propose une réflexion sur l’aspect dynamique de la perception de l’humanité d’autrui dans un contexte interindividuel. Dans une première partie comprenant quatre études, nous avons mis au jour une relation de compensation entre les dimensions de nature humaine et d’unicité humaine, composant l’humanité selon le modèle dual de déshumanisation (Haslam, 2006), et ce, particulièrement pour des cibles déshumanisées. Cette relation de compensation se manifeste par une plus forte humanisation d’une cible déshumanisée sur une dimension, sur la dimension non manipulée.

Poursuivant l’exploration de la dynamique de compensation dimensionnelle plus avant, dans une seconde partie, deux études testent une modération du phénomène par la distance psychologique. Dans ces études, la distance psychologique est manipulée de deux façons différentes : la première par la prise de perspective visuelle et la seconde par une manipulation plus directe du niveau de construit (élevé vs bas). Ces études ne montrent pas d’effet de la distance psychologique sur la compensation entre nature et unicité humaine dans la perception de l’humanité de cibles déshumanisées. Cependant, un effet de la manipulation de la nature humaine apparait dans les deux études. La compensation est d’autant plus importante pour les cibles ou la nature humaine est manipulée (haute ou basse). Dans la continuité de cette perspective d’humanité dynamique interindividuelle, une étude articulant humanité de soi, humanité d’autrui, empathie et culpabilité testait l’effet de la culpabilité et du conflit interpersonnel sur l’humanité perçue de soi et de la cible. Les résultats n’ont pas permis de valider les hypothèses portant sur la culpabilité. En revanche, nous avons observé un effet du conflit interpersonnel sur l’humanité de soi et d’autrui.

Cette recherche souligne la forte dynamique, à la fois dimensionnelle et interpersonnelle, qui caractérise la perception de l’humanité, et met en exergue la complexité des liens qu’elle entretient avec des facteurs situationnels tels que la distance à la cible, l’existence d’un conflit pouvant induire des affects négatifs comme de la culpabilité et mitiger l’empathie. C’est ainsi l’ensemble de ce qui se joue dans les interactions interindividuelles qui est susceptible de venir teinter la perception que l’on a de sa propre humanité et de celle d’autrui.

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